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Maison abandonnée dans la jungle

Entre deux Terres

Ils auraient pu ne jamais se rencontrer et encore moins former un duo professionnel aussi inventif. La Guyane les a réunis après des parcours divergents. 

Par Agnès Waendendries

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Laurène

Céramiste mais aussi plasticienne et photographe, Laurène Fernandez (née en 1991) vit et travaille entre Tarbes(65) et Bayonne (64)). Après trois années d’études à l’Institut supérieur des arts et du design de Toulouse (isdaT), elle part travailler pendant trois ans dans un atelier de décor de théâtre à Madrid (Espagne), ville de ses origines familiales. Elle intègre ensuite l’atelier Potterygym où elle apprend la céramique, modelage, moulage, céramique de coulage, majoritairement le travail du grès.

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Jean philippe

Né à Paris en 1954, Jean-Philippe Martenot aborde différents métiers en France et en Suisse avant de gagner la Martinique, puis la Guadeloupe et enfin la Guyane. Arrivé en 2005 dans le petit bourg tranquille de Cacao, niché au bord de la rivière de La Comté, il pratique la poterie en autodidacte passionné depuis ses débuts dans son atelier, en essayant de s’améliorer sans cesse, en utilisant diverses techniques acquises et maîtrisées au fil du temps et surtout en travaillant les différentes argiles locales, qui donnent à ses poteries utilitaires leurs caractéristiques si particulières. La terre utilisée est une argile grise récoltée à 40 km de l'atelier en direction de Cayenne chez un particulier. C'est une argile à base de kaolinite, parfois d’illite ou de smectite à laquelel il ajoute un peu de faïence rouge de métropole pour abaisser le point de fusion. Le potier se sait redevable envers la Guyane, « je lui rends ce que je lui prends à travers mes réalisations. La terre c’est sa chair, mes poteries ses enfants qui partent un peu partout sur la planète. Ce sont les ambassadrices silencieuses d’un moment privilégié dans un endroit particulier ; elles défieront le temps.»

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Les Assiettes parlantes

D’un commun accord, les deux complices ont décidé que l’assiette était le support le plus cohérent pour leurs oeuvres, sachant que le repas est le moment des échanges, du partage des idées, des histoires alors que l’atelier reste le lieu où l’on travaille activement. Réalisées en binôme par les deux céramistes les trois premières oeuvres composent un triptyque intitulé Entre deux Terres. Elles s’inscrivent dans la tradition des assiettes parlantes qui depuis le XIXème siècle racontent une histoire au travers d’un décor figuratif et de phrases narratives.

Les techniques utilisées sont le craquelé à la plaque au silicate de soude, le tournage avec engobe et le guillochage inspiré du travail au couteau que pratiquent les Améridiens sur leurs ustensiles et leurs calebasses, techniques que le potier a transmises à la céramiste. 

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Le Triptyque

Forêt, la première assiette est gravée d’une citation de Sylvain Tesson. Peuples, la deuxième, évoque la Convention 169 relative aux droits des peuples autochtones, adoptée en 1989 par l’Organisation Internationale du Travail, que la France n’a toujours pas ratifiée. Sous le titre Potier, la troisième assiette porte un texte qui raconte quand et comment Jean-Philippe Martenot s’est lancé dans la céramique alors qu’il travaillait dans l’aquaculture :

« En 1981, alors que je chassais des ouassous (crevettes d’eau douce) sur le Maroni, j’ai glissé en sautant sur ce que je croyais être un rocher. Et me voilà face contre terre sur ce monticule d’argile. Et c’est comme ça que je suis devenu potier.» 

Ces trois assiettes parlantes seront offertes au Musée Le Planeur Bleu à Cacao, à l’issue de l’exposition qui commence le 8 mars prochain et où sont présentées les vingt oeuvres réalisées en binôme, dix assiettes parlantes et dix sculptures.Projet associatif d’envergure, le Musée Le Planeur Bleu (musée) est l’œuvre d’un instituteur (maître d’école) Philippe Soler. Il retrace l’histoire de la Guyane, entre entomologie et archéologie. Une collection exceptionnelle d’insectes, de papillons et de mygales géantes y côtoie des poteries amérindiennes et des bouteilles anciennes trouvées sur d’anciens sites d’orpaillage (dont la plus ancienne date du XVIIème siècle). 

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Nago Ficus

Située au coeur de l’Amazonie française, la Guyane abrite un écosystème d’une richesse inégalée. On y compte plus de mille espèces d’arbres dont certaines espèces ont servi de sources d’inspiration pour quelques-unes des sculptures réalisées en binôme par les deux céramistes. Si Laurène Fernandez découvre les graines de lecythis minor sur le long sentier de randonnée pédestre du Molokoï qui au départ de Cacao, c'est surtout l'aventure qui à menée les deux potiers à se rencontrer qui a inspiré ces créations :

Les racines et les des mangroves de la crique limonades, les troncs des Ficus nymphaeifolia de SauL ...   le nom NaGo Ficus attribué à la sculpture organique réalisée en duo par les céramistes n’est pas celui d’une espèce d’arbre. Il est le reflet des réactions du public à qui elle fait penser aux personnages du film d'animation Princesse Mononoké, oeuvre du scénariste japonais Hayao Miyazaki en 1997, qui symbolise une nature sacrée blessée par l’homme.

C’est au cours d’un long périple ayant précédé son travail en binôme avec Jean-Philippe Martenot que Laurène eu l’occasion de s’imprégner de la nature et de la culture guyanaises.

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Expédition

 En mars 2024, bénévole au festival de court-métrage de voyage appelé Partance qui se déroule à Toulouse chaque année, elle rencontre pour la deuxième fois Philippe Mistral,  géographe et guide d’expédition, qui manifestement apprécie son regard photographique. Elle lui explique qu’en parallèle de sa pratique artistique entre céramique et photographie, elle a passé un diplôme d'éducatrice sportive et qu’elle encadre des activités de kayak et de rafting sur la Nive au pays Basque. Le géographe lui propose de l’accompagner dans sa prochaine expédition en Guyane, d’une durée de trois semaines. Prévu pour le mois de septembre 2024, le programme consiste à partir du village de Saül et de là rejoindre en packraft la crique Limonade, une petite rivière qui, au bout d’une vingtaine de kilomètres plein Sud, débouche sur la rivière Grand Inini. Soit la descente périlleuse, et en autonomie, de 200 kms de rivières qui se termine au village de Maripasoula à la frontière de la Guyane avec le Suriname. , avant de rentrer à Cayenne en avion. La jeune femme accepte avec le plus grand plaisir la proposition du géographe. Pour s’imprégner du pays en solitaire, elle décide d’atterrir à Cayenne une semaine avant le groupe. Elle entend parler du potier Jean-Philippe Martenot et de son sacré caractère. Elle se décide à lui rendre visite. Le courant passe aussitôt. 

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Une aventure à 4 mains

« J’apprécie cet ancien aux yeux bleus pétillants, il me rappelle mon grand-père paternel espagnol (jean philippe préfèrera le nom de TonTon d'Amérique). Il m’explique qu’il n’a pas la motivation pour réaliser des moules en plâtre mais qu’il a le matériel. Je lui propose alors de m'héberger et de lui réaliser ses moules. C’est ainsi qu’a démarré notre première collaboration pour le moins inattendue.» A son retour de l’expédition, Laurène Fernandez retrouve Jean-Philippe Martenot et leurs plâtres. Elle lui raconte les péripéties de son expédition, ce qui amuse le vieux potier, grand connaisseur de la brousse. Elle teste avec lui les moulages, faisant une réplique en terre d’une ancienne bouteille en verre du Musée Le Plateau bleu et de petits iguanes destinés aux touristes. Le potier apprécie la manière de travailler de la céramiste et la complicité qui s’est établie entre eux. Il lui propose de venir travailler dans son atelier. Acceptant sa proposition, Laurène Fernandez rentre en métropole pour retrouver son atelier avant de préparer son futur départ. Le 12 octobre elle donne son dernier cours de sculpture à l’école de jeux vidéo,( et métiers de l'image et du digital) Anaten à Tarbes (65)  et le 18 octobre elle est de retour en Guyane. Elle retournara à Tarbes pour reprendre l'enseignement à l’école Anaten les 12 et 13 mars.

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